Mesdames,

Messieurs,

La Communauté Internationale avec l’ONU, les Organisations Internationales Régionales, les nombreux pays amis, les ONG etc. ont manifesté,  bien avant leur organisation, un intérêt particulier pour le bon déroulement des  consultations électorales au Cameroun, à commencer par l’élection présidentielle. Les conseils, les interventions, les financements non pas répondu à l’attente des camerounais comme cela ressort de l’élection du 9 octobre 2011. Les responsables dans la société internationale à commencer par le Système des Nations Unies avec le Secrétaire Général de l’ONU et ceux qui dirigent les Etats, qu’il s’agisse des institutions étatiques ou des organisations non gouvernementales ne doivent plus se laisser aller, voire, être trompés avec les apparences qui sont animés par des intérêts personnels et égoïstes qui sont aussi des plus forts dans la vie et l’expression des êtres humains. En effet, la  Tunisie, l’Egypte, la Lybie, La Syrie, le Yémen, et bien des pays sont là pour nous rappeler que tout n’est pas acquis, qu’un peuple ne peut pas tout le temps être berné, privé de son expression libre par ses propres dirigeants, que l’hypocrisie, le refus de voir et de dire la vérité, les considérations et les analyses superficielles , les sympathies de complaisance sur le plan international ont, souvent , au bout, des lots des victimes humaines et souvent des innocents et les plus faibles.

  • NON RESPECT DES LOIS ÉLECTORALES AGGRAVE PAR L’ABSENCE D’ETHIQUE ET DE MORALE POLITIQUE.

Nous n’avons pas vu venir la crise des valeurs reconnue dans notre monde d’aujourd’hui comme étant à l’origine des crises financières, économiques, sociales avec tous les malheurs que cela a générés. Cette crise des valeurs  qui est  toujours là a des conséquences des plus néfastes et des plus fortes encore en ce qui concerne la vie politique et le fonctionnement des institutions dans les Etats et dans la Société Internationale.

L’élection présidentielle du 9 octobre 2011 au Cameroun aura permis de mesurer l’ampleur de l’absence d’éthique politique, des valeurs fondant la vie et l’expression politiques sur le plan interne au Cameroun et dans les rapports avec la société internationale. Et tout cela parce que les différents acteurs nationaux et internationaux intervenant à différents titres et niveaux n’ont pas reconnu, en les cultivant comme les fondements de la vie et des activités ainsi comme éclairages  et dynamiques, les valeurs humaines, l’éthique, la morale politique. Cette attitude avait déjà conduit à faire du Cameroun l’un des pays le plus corrompus du monde et les plus pauvres malgré ses immenses ressources naturelles et humaines. Parce que les différents acteurs et les différentes actrices tant internes qu’internationaux ont toujours privilégié la paix du moment pour les affaires juteuses du moment au mépris de la paix des populations, de toute la nation, nous continuons à baigner dans la médiocrité, dans la corruption et le règne des  égoïsmes destructeurs du Bien Commun, de la Chose Publique. Nous en sommes encore à nous chercher après cinquante années d’indépendance, d’expérience républicaine et démocratique et, tout cela dans un pays porteur des richesses humaines et culturelles qui, accumulées au fil  des âges, font la personnalité et la fierté d’un peuple ; oui, malgré tout cela, nous en sommes à attendre des notes des nos anciens maîtres, à attendre leurs appréciations et jugements ou encore ceux de leurs médias qui sont souvent des insultes à notre intelligence, à notre patrimoine culturel. Tout ceci parce que nous avons accepté de ne rien faire qui affirme notre personnalité, notre identité, donnant toute leur force aux bases qui font la fierté  d’un être humain, qui assurent sa dignité et affirme la personnalité d’un peuple, d’une nation.

Aussi, en l’absence des valeurs et d’éthique comme dynamiques et éclairages permanents de la vie et des activités des populations et des institutions républicaines et démocratiques et, cela aussi bien dans les secteurs tant publics que privés , les populations qui nourrissaient l’espoir de voir le Cameroun sortir du lot des pays les plus corrompus et les plus pauvres pour un nouveau départ aux lendemains de l’élection présidentielle du 9 octobre 2011 se sont-elles réveillées dans des grandes désillusions face aux violations des lois et des grosses irrégularités cultivées avec le  concours de l’administration par l’organe qui portait l’espoir à savoir ELECAM. Sur 119 articles de la loi sur l’élection présidentielle, 30 dispositions essentielles ont été violées et les requêtes introduites par certains candidats à la Cour Suprême agissant en lieu et place du Conseil Constitutionnel appuyées des preuves claires, sont des plus parlantes et des plus significatives. Les réactions de certaines personnalités, responsables nationaux ou internationaux, les informations distillées par certains médias, suite à cette élection, trahissent une forme de  complicité pour maintenir le Cameroun dans la médiocrité, dans la corruption, dans la pauvreté ; ceci parce qu’il n’y a pas des analyses objectives des situations mais la préoccupation d’avoir la « paix »,  le temps de faire des affaires.

On doit prendre conscience de l’impérieuse nécessité qu’il y a de travailler de façon soutenue pour asseoir des bases saines de la vie et des activités aussi bien des citoyens que des institutions qui passent par le vote qui est le premier devoir et le premier droit de tout Camerounais par lesquels vont se construire durablement le pays. Parce que nous aimons le Cameroun, il est important d’aller à l’essentiel, d’aller au fond des réalités pour faire ressortir les maux afin d’appliquer les remèdes appropriés. Les camerounais qui aiment leur pays, les amis véritables et sincères du Cameroun, soucieux du bonheur, de la dignité de l’être humain doivent comprendre cela et ne pas s’arrêter sur les aspects superficiels de ce que nous vivons, de ce qui se passe dans le pays et plus particulièrement sur tout ce qui s’est tramé depuis pour en arriver à ce qui s’est passé le 9 Octobre 2011.

  • LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE A APPUYÉ ET FINANCE UN PARTI ET NON LE PEUPLE.

Les nombreuses visites des représentants du Secrétaire Général des Nations Unies ont été autant d’occasions pour présenter les préoccupations des citoyens Camerounais en matière électorale et cela par les responsables aussi bien des formations politiques,  de la société civile  que des médias. Parce que les messagers de l’Organisation Universelle n’ont pas pris la vraie mesure de tous ces échanges, parce que les vrais problèmes liés aux acteurs qui interviennent sur le terrain dans un pays qui a une culture de l’état parti unique très profonde n’ont point été pris en compte, les intervenants de la société Internationale sont passés à côté. En effet les concours divers et les financements apportés à ELECAM par la Communauté Internationale ont, comme on l’a réalisé le 9 Octobre 2011, contribué à appuyer les mécanismes anti-démocratiques développés et mis  sur pied pour la confiscation du pouvoir à travers les fraudes électorales, le contrôle de tout le processus électoral par le parti au pouvoir. La Communauté Internationale a financé un parti et non les actions pour un pays, pour la paix et le bonheur d’un peuple ; plus que cela, elle n’a rien fait pour appuyer les camerounais demandant un code électoral empêchant comme nous l’avons vécu le 9 Octobre dernier, les interprétations orientées, diverses, variant d’une circonscription électorale à l’autre, d’un bureau de vote à l’autre par des présidents des bureaux de vote, militants du parti au pouvoir.  Au nom du respect de la souveraineté nationale, des Etats,  elle n’a rien fait pour assurer et garantir la présence de toutes les parties prenantes dans les différentes circonscriptions électorales, à travers les Commissions Mixtes légales et dans les bureaux de vote. Les financements ont plutôt permis de déployer les militants du parti au pouvoir qui vont se livrer sur le terrain aux pratiques illégales, antirépublicaines et antidémocratiques. Il se cultive ainsi des sources de division au moment même où ces pays qui interviennent continuent à cultiver dans leur vie interne des bases fortes de la démocratie. On n’a que faire des pays africains et c’est ce que les dirigeants africains  ne comprennent pas, installés qu’ils sont dans la conquête et l’exercice égoïste du pouvoir, oubliant les objectifs du pouvoir dont le premier est d’asseoir le dialogue, l’harmonie au sein de la société pour ainsi mobiliser toutes les intelligences, toutes les énergies pour bâtir ensemble le bonheur.

  • LES IRREGULARITES FLAGRANTES CONSACRANT L’ILLEGALITE ENLEVANT LES FONDEMENTS A LA LEGITIMITE.

La Communauté Internationale n’a pas pu ainsi contribuer à empêcher les votes multiples, le bourrage des urnes, les votes des mineurs, les votes avec des pièces d’identité ne correspondant pas aux noms inscrits sur les listes électorales, les votes sans cartes d’identité nationale, les votes avec les récépissés, les votes de ceux qui n’étaient pas inscrits…etc. Toute la latitude aura été donnée aux responsables d’ELECAM de faire ressortir leurs caractères partisans depuis le niveau national en ce qui concerne le Conseil d’ELECAM et la Direction Générale jusqu’au niveau local depuis les délégations régionales, les  agences départementales, les antennes communales au niveau des arrondissements. Dans ces différents cadres et niveaux, nous avons assisté à l’étalage des pratiques cultivées par l’état parti unique où n’interviennent ni contrôle, ni sanction, ni évaluation. Nous avons ainsi vu émerger la race des fonctionnaires que nous combattons en luttant contre les malversations, la corruption , le manque de la bonne foi, de la conscience de l’intérêt général, du sens du sentiment national, de la République ; cette race des fonctionnaires que nous fournit ELECAM avec toutes les mauvaises habitudes et  attitudes indignes d’un pays en construction où toutes les forces doivent être mobilisées ; tout cela étant aggravé par le fait que ces hommes et femmes habitués à consommer, à recevoir, n’ont pas cette culture qui apporte humilité, n’ont aucun respect des principes forts et catalyseurs des actions constructives  pour le bien de la société ; ces hommes et femmes étant souvent sans formation professionnelle, sans éducation, feront en sorte que d’un bureau de vote à l’autre nous allons assister à des irrégularités flagrantes aggravées par les humeurs des présidents sans scrupules désignés à dessein par ELECAM.

  • CONFECTION DES LISTES ÉLECTORALES ET DISTRIBUTION DES CARTES D’ELECTEURS EN DEHORS DES COMMISSIONS MIXTES CRÉÉES PAR LA LOI.

Et tout cela aura été soigneusement préparé par la violation caractérisée de la loi en confectionnant des listes des électeurs en dehors des Commissions Mixtes prévues par les textes et au sein desquelles se trouvent des représentants des formations politiques. Ces violations vont se poursuivre lors des distributions des cartes aussi établies en dehors des points d’émission prévus par la loi. Cela explique qu’il y ait eu de très nombreuses cartes où ne figuraient pas toutes les mentions exigées par la loi pour leur validité. Il y a ainsi eu tout un réseau parallèle mis en place, au détriment des voies légales. Pour mener à bien l’action de ce réseau, et avec le concours des autorités administratives locales, les scrutateurs représentant les candidats de l’opposition vont être écartés des bureaux de vote, et quand ils s y trouvaient, malgré tout, empêchés de participer aux vérifications des pièces à fournir par chaque électeur avant le vote. Cette pratique va se poursuivre au niveau des Commissions Communales lors de la confection des procès verbaux et au niveau des Commissions Départementales de supervision.

Les citoyens normalement inscrits n’ayant pas obtenu leurs cartes d’électeur,  on va ainsi assister à de nombreuses abstentions forcées.

  • DANS LA RÉPUBLIQUE, LA MANIFESTATION POLITIQUE EST UNE EXPRESSION DÉMOCRATIQUE NORMALE.

Cela n’est pas ainsi compris par ceux là qui gouvernant dans la pure tradition de l’Etat Parti unique parlent de « bains de sang », s’organisent pour massacrer les citoyens. La Communauté Internationale qui suit les déclarations des hauts responsables, des ministres, des autorités administratives au niveau local, est interpellée. Tout comme elle est interpellée par tous les faits relatés ci-dessus qui expliquent les requêtes présentés par certains candidats pour l’annulation de l’élection présidentielle du 9 octobre 2011. La Communauté Internationale et les amis du Cameroun sont également interpellés pour les actions qui doivent être entreprises pour la crédibilité de l’organe chargé de donner toute son impartialité, toute son objectivité au processus électoral avec un fichier électoral digne, avec des acteurs et des actrices impartiaux opérant dans les différents rouages du processus des élections ; il faudra un code, un texte unique, bien ficelé, et porteur de la dynamique du respect des principes moraux et éthiques qui bien lu, bien appliqué, avec obligation de respect et des sanctions claires pour le non respect est salutaire pour le Cameroun. C’est par là que les camerounais vont s’ancrer profondément dans la culture des traditions républicaines et démocratiques, éloignant des pratiques généralisées de fraudes instituées, auxquelles se livrent des citoyens, souvent des responsables de haut niveau se réclamant élites qui, au lieu de montrer l’exemple et contribuer à l’éducation des populations pour le respect de la chose publique, du bien commun, de la République et de la dignité humaine, veulent mener le Cameroun vers le totalitarisme. Ce sont les mêmes qui n’hésitent pas à parler de « bains de sang ».

Alors que le Cameroun est  reconnu comme étant parmi les états les plus corrompus et les plus pauvres malgré ses immenses ressources humaines et naturelles, la Communauté Internationale ne doit pas attendre pour venir éteindre l’incendie, mais écouter les Camerounais qui vivent profondément leurs réalités dans leurs différents localités, être avec eux, à leurs côtés pour que ensemble comme partenaire parties prenantes, on œuvre pour asseoir la République de droit et de devoir qu’impose l’histoire du Cameroun comme enfant de la communauté internationale, parce que d’abord territoire sous mandat de la SDN en 1919, et puis Territoire sous tutelle des Nations  Unies au sortir de la deuxième guerre mondiale pour enfin accéder à l’indépendance sous le contrôle de l’Organisation Universelle en 1960.

Avec nos meilleurs sentiments et convaincu que nous y arriverons, que la République et la Démocratie l’emporteront.

Dr Adamou NDAM NJOYA