LE CAMEROUN DE JUILLET 1961 A FOUMBAN A NOVEMBRE- DECEMBRE 2016 A BAMENDA ET BUEA.

Ce que nous devons savoir, ce que nous devons faire,

EN PUISANT DANS LES HÉRITAGES DU FONDS JURIDIQUE ET DES MÉTHODES D’APPROCHES CONSENSUELLES  DES PÈRES FONDATEURS

Les événements déplorables de Bamenda et de Buea interpellant tous les camerounais et toutes les Camerounaises, nous avons élaboré et mis en partage.

«CE QUE NOUSDEVONS SAVOIR ET CE QUE NOUS DEVONS FAIRE »

Cela, dans une première approche, nous ayant situé au cœur de la perspective des solutions profondes, durables à trouver en saisissant les causes lointaines et présentes de ces événements qui peuvent surgir ailleurs, nous revenons sur les faits et sur ce qui, dans la vision de l’unité, de l’harmonie entre les camerounais pour construire le pays sur des bases de dialogue, d’approches consensuelles, qu’avaient laissé les pères fondateurs réunis à Foumban, comme héritages.

Le présent document éclaire davantage sur ce qui doit être vécu et fait par chaque personne individuellement et collectivement pour ainsi s’inscrire dans la dynamique de construction et éviter pour les générations actuelles et à venir des tensions conflictuelles stériles, voire,  meurtrières.

Le présent document a été élaboré lors de la CELEBRATION DU 50ième ANNIVERSAIRE DE LA CONFERENCE DE FOUMBAN SUR LA REUNIFICATION FOUMBAN 18-27 JUILLET 1961 autour du Thème: « LA CONFERENCE DE FOUMBAN DE JUILLET 1961 DANS LE PROCESSUS DE LA REUNIFICATION DU CAMEROUN » pour l’Introduction du sous thème : « Contribution des différents Acteurs : Aspects Administratifs et Aspects Traditionnels »

Par Dr Adamou Ndam Njoya à Foumban 30 Avril 2013

DE LA PLACE ET DE L’IMPORTANCE DU RÔLE DES ACTEURS ADMINISTRATIFS,  TRADITIONNELS, ET DES CITOYENS

Avant les assises historiques de Foumban et pendant la Conférence cette place et ce rôle des plus déterminants vont l’être plus encore avec la naissance du nouvel Etat, la mise en place des Institutions, leur fonctionnement pour maintenir le consensus, le traduire en permanence dans les faits et éviter les situations de ruptures comme celles nées à Bamenda et Buea. Le ton quant aux orientations pour les actions à conduire ensemble est donné quelques années plutôt lorsque prenant la parole au cours de la Séance du 7 Juin 1956 de la jeune Assemblée territoriale du Cameroun, le Sénateur Njoya Arouna déclarait : «  Il est des moments dans l’histoire de chaque nation, dans la vie d’un régime, où les hommes éprouvent le besoin de marquer le pas, afin de scruter le chemin parcouru, d’en déceler les méandres et les détours pour, en allant de l’avant, essayer d’obtenir un tracé moins sinueux, plus précis et plus réaliste »

Cette pensée est plus que valable aujourd’hui et demeure un éclairage pour la vie e l’épanouissement de toute société comme la société camerounaise dans le contexte que nous connaissons.

Après 51 ANS 9 MOIS dix jours il y a ainsi un temps d’arrêt à Foumban sur les lieux mêmes où se déroula la Conférence qui va sceller l’unité du Cameroun retrouvée en donnant naissance aux trames de la Loi Fondamentale du Cameroun et des voies et méthodes démocratiques, consensuelles à suivre et respecter. Dans la lancée de tout ce qui découla de cet évènement hautement historique répondant à l’appel de l’un des grands acteurs, nous nous retrouvons pour nous interroger sur ce qui eut lieu, sur les institutions qui en découlèrent, sur la gestion faite de ce double héritage, sur ce qui en est advenu, sur les acteurs etc…. Et tout cela pour nous inscrire dans la dynamique de construction qui animait ceux- là qui se retrouvèrent ces jours de juille1961.

Aujourd’hui, comme il y a 50ans, il est question de toujours mieux évoluer dans la voie et les actions qui permettent d’« obtenir un tracé moins sinueux, plus précis, plus réaliste » comme disait Njoya Arouna. Nous sommes en 1956, cinq années avant la Conférence de Foumban. L’homme politique qui parle est :

  • Une grande autorité traditionnelle, Chef de la Branche Royale Bamoun par le Prince Njimonkouop Mabafon, descendant du Roi Ngouloure le 9ème Roi de la Dynastie fondée par Share Yen il y a plus de six cents ans.
  • Un grand commis Ecrivain Interprète de la première génération de ceux qui allèrent à l’école française aux lendemains de la première guerre mondiale quand la partie orientale du Cameroun sous Mandat de la SDN est confiée à la France. Il termine à Dschang ses études en 1925 et est aussitôt admis comme Agent administratif à la Région de Dschang où il travaillera jusqu’en 1929 quand, pour succéder à son père , le Prince Njimonkouop Njouonkou Mabafon décédé, il rentre à Foumban pour être Chef de la Grande et ancienne Famille Traditionnelle avant d’être Chef Supérieur, auxiliaire de l’Administration dans le cadre des institutions coloniales mises en place pour rompre avec l’Afrique souveraine.

Ceci est très intéressant quant au sous-thème qui nous préoccupe à savoir les aspects traditionnels et administratifs à retenir pour le contenu de ce qui allait sortir de la Conférence de Foumban. Njoya Arouna, Ministre d’Etat, Ministre de l’intérieur et, de ce fait, l’acteur principal qui est au centre de cette Conférence historique, couvre les deux aspects administratifs et traditionnels avec les dimensions politiques et la grande expertise et les expériences vécues comme acteur sur le terrain. Nous pouvons nous référer aux témoignages portés sur lui par les Administrateurs de la Région Bamoun sous le régime du Mandat et de la tutelle que connaît le Cameroun.

Homme Politique de premier rang, Il est le garant de l’émergence des aspects traditionnels et administratifs au cours de la Conférence de Foumban de Juillet 1961 où se retrouvent et des acteurs issus de nos héritages traditionnels et des acteurs produits des administrations coloniales qui, pour certains , vont entrer en politique à travers le système français de la Quatrième République et comme nationalistes éclairés et encouragés et par leur détermination patriotique et par le système de la SDN et de l’ONU.

DES RESULTATS POSITIFS ET EXPLOITABLES AU SORTIR DE FOUMBAN ET PAR LES GENERATIONS SUCCESSIVES EN TIRANT LA LECON DE L’ELOIGNEMENT PROGRESSIF DES FONDEMENTS HUMAINS CULTURELS ANCESTRAUX AFFIRMANT LA PERSONNALITE ET L’IDENTIE DES CAMEROUNAIS ET DU CAMEROUN

Entrant dans la logique d’aboutir, à des résultats positifs et exploitables, pendant cette Conférence anniversaire historique et au delà, il y a lieu de se situer en lisant, entre les lignes, le sous-thème et en nous posant des questions pour mieux cerner les dimensions humaines, culturelles, les héritages patrimoniaux des ancêtres qui sont très importants et déterminants pour la pérennité et de l’idée de la nation et de la permanente construction de l’unité nationale sans identification aux seuls héritages francophones ou anglophones oubliant ce qui nous est commun : le Fonds africain.

C’est ainsi que parler des aspects traditionnels et administratifs s’agissant de la contribution des différents acteurs nous conduit à l’organisation de la Conférence elle-même et aux dimensions humaines, culturelles, sociales que distillent les traditions et les héritages ancestraux tout comme les pratiques administratives introduites par les Européens. De tout cela va jaillir, dans toute sa particularité et son originalité, l’identité la  personnalité camerounaise où les héritages européens, francophones et anglophones viennent se greffer sur le fond authentiquement africain ; c’est ce qui est à construire encore aujourd’hui. Ceci étant, on doit aussi continuer à rechercher la réponse ou les réponses à une ou des questions se formulant comme suit :

  • Quels sont les aspects administratifs et traditionnels de la contribution des différents acteurs au sortir de Foumban en Juillet 1961 et, aujourd’hui encore avec cette grande interpellation des événements de Bamenda et de Buea ?
  • Quelle est la contribution avant 1961 et depuis lors à ce jour en 2016, des Acteurs Administratifs et Traditionnels et que peut et doit être cette contribution, leur rôle comme acteurs de terrain et de tous les jours pouvant conforter l’idée nationale, la mobilisation citoyenne pour le développement humanisant durable. Nous nous situons au cœur de la famille comme source de distillation des sucs de l’identité et de la personnalité nationale.
  • Quelle est la place des phénomènes administratifs et traditionnels dans la contribution de la Conférence de Foumban pour la réunification du Cameroun ? Et, aujourd’hui quel peut et doit être leur rôle ?

Ces questions, et des questionnements qu’elles suscitent et continueront de susciter, nous situent au cœur de l’intérêt de la préoccupation devant nous animer s’agissant des aspects administratifs et traditionnels entre autres aspects des points traités lors de la Conférence de Foumban qui, dans le fond, hautement politique et voulant résoudre des problèmes politiques ne s’embarrassera pas beaucoup quant aux questions administratives et traditionnelles qui sont de grande importance et des plus essentielles pour la vie des institutions parce qu’elles touchent la vie , l’expression et les comportements et des individus et de la société comme nous le verrons.

Il y a là des questions que nous devons nous poser dans la recherche des solutions aux problèmes nés à Bamenda parce que, au sortir de Foumban en 1961 les grands acteurs du moment les avaient ignorés privilégiant les développements des stratégies pour asseoir leur  pouvoir.

 

DES STRATEGIES SUCCESSIVES OUVRANT LA VOIE AUX EVOLUTIONS IGNORANT LES FONDEMENTS NES DE LA CONFERENCE DE FOUMBAN APPELANT A LA CULTURE DU DIALOGUE POUR LE CONSENSUS

La dénomination de la Conférence va varier ainsi au fur et à mesure que l’on progresse  et que la réunification s’affirme comme un acquis. On ne s’embarrasse pas de ce qui apparaît comme détail et qui, touchant l’être humain est pourtant l’essentiel car éveillant les sensibilités soit de rejet, soit d’adhésion.

  • Le journal « l’Unité » dans le Numéro 53 du 21 juillet 1961 titre : « Les entretiens pour la réunification commencés à Yaoundé se poursuivent à Foumban ». Au cours de cette Conférence qui allait résoudre les problèmes politiques et donner les bases claires des institutions étatiques à mettre en place après s’être prononcée sur la forme de l’Etat la préoccupation était aussi grande, entre autres, pour les chefferies traditionnelles c’est-à-dire pour ce qui est source de lien, de ciment entre les populations à cause de leur représentation par les Chefs membres de la délégation du Cameroun Méridional ; cependant, dans le discours prononcé à Foumban le 18 Juillet 1961 à l’occasion de la mise en place de ce qui constituera les fondements de la Constitution fédérale, il est question des chefferies traditionnelles sans l’idée forte et soutenue d’une institution comme cela s’annonçait à l’ouverture de la Conférence dans les rangs des Délégués.
  • Il est question, 10 jours plus tard, du « Discours de clôture de la Conférence Constitutionnelle de Foumban (18 Juillet 1961). On évoque les Chefferies traditionnelles et l’idée est qu’une chambre des Chefs traditionnels qui était un acquis au Cameroun Méridional peut être maintenue.
  • Qu’en est-il du Cameroun Oriental ? Rien n’est dit.
  • Le 11 Août 1961, il n’y a aucune mention des Chefferies traditionnelles dans le  discours prononcé devant l’Assemblée Nationale réunie en session extraordinaire consacrée à l’examen et à l’adoption de la 1ère Constitution du Cameroun. Il n’y a pas des dispositions constitutionnelles organisant les Chefferies traditionnelles pour les inclure comme rouages du nouvel Etat.

A ces différents étapes et moments les aspects administratifs n’apparaissent pas clairement comme des véritables préoccupations dans ce qui se construit ; aussi est-il question de l’évocation des particularités héritées des pratiques administratives des deux puissances mandataires et puis en charge de la Tutelle sans mettre l’accent sur ce qui fait notre particularité

RETOUR A L’ESSENCE HUMAINE ET HUMANISANT CONDUISANT A L’IDENTITE ET LA PERSONNALITE DES CAMEROUNAIS ET DU CAMEROUN FONDEES SUR LES RICHES HERITAGES ANCESTRAUX ET LES APPORTS EUROPEENS

Les termes mêmes de la Résolution des Nations Unies, nous citons : « … nous faisaient une obligation d’aménager les structures institutionnelles de la République pour y accueillir la partie séparée de notre pays » ; les Propositions qui reçurent l’accord du Cameroun Méridional de même que «  le Respect du caractère propre de chacune des deux parties sans sacrifier l’homogénéité indispensable à la vie de l’Etat… , la  consolidation de l’autorité de l’Etat tout en évitant de créer une machine étatique par trop lourde et par trop contraignante »

Du côté de la République tout étant acquis, la préoccupation est pour ce qui est du Cameroun Méridional et cela se dégage du discours du Président de la République qui est tout un programme de travail qui, aujourd’hui est plus que jamais des plus pertinents ; lisons plutôt: « … Or il n’est pas contestable que les Camerounais d’outre –Mungo ont depuis plus de quarante ans subi une empreinte différente de la nôtre. Cette empreinte, si elle n’a pas atteint l’âme profonde des populations, a marqué de son sceau les habitudes politiques et administratives, les méthodes de travail, les façons de vivre. Ce serait faire preuve d’une incompréhension grave et en outre parfaitement inutile de le nier. Il ne saurait s’agir pour nous d’imposer totalement nos systèmes de pensée et de vie, particulièrement en matière de gestion des affaires publiques à une population formée à d’autres habitudes. Le génie d’une nation est fait plus de ses diversités qu’il convient de respecter, que de son uniformité et nous sommes persuadés que la confrontation des cultures et de pratiques différentes sera éminemment profitable au Cameroun de demain »

UN PROGRAMME POUR TOUT LE CAMEROUN POUR LA MOBILISATION CITOYENNE REPUBLICAINE, PATRIOTE DEMOCRATE

Il y a là tout un programme et des directives pour tout ce qui a trait tant aux dimensions politiques, citoyennes, démocrates qu’aux aspects administratifs et traditionnels comme moteurs de la vie et des activités aussi bien des personnes physiques que de nos institutions car incarnant les « perspectives nationales » ayant « l’intérêt général comme guide commun de tous »

CONSECRATION DES FONDEMENTS JURIDIQUES ET DES METHODES D’APPROCHES CONSENSUELLES AVEC L’ADOPTION DE L’ETAT FEDERAL AVEC DEUX ETATS FEDERES

Tout ce qui précède va conduire à choisir et adopter l’Etat Fédéral et à donner des orientations et des directives quant aux principes fondamentaux des institutions qui, en découlant, doivent écarter tout ce qui peut entraîner l’éclatement de ce qui a été uni par l’histoire et la volonté des populations :

LES EVOLUTIONS  DU FAIT DES ACTEURS NE DETRUISENT PAS LES FONDAMENTAUX DES PERES FONDATEURS

Les évolutions commencent rapidement avec l’idée d’un Sénat ayant une sorte de droit de véto qui est évoquée et vite écartée. Tout en mettant en cause ce qui pouvait constituer le lieu par excellence de lecture de la Loi Fondamentale et des pratiques pour mieux protéger le nouvel Etat fédéral et les Etats Fédérés, on éloigne aussi l’argument qui pouvait conduire à une institution recevant les représentants des valeurs traditionnelle compatibles avec les valeurs républicaines.

Ceci étant, il sera mis en place un cadre institutionnel uniforme de nature parlementaire : gouvernement responsable devant le parlement qui se résume dans L’Assemblée Fédérale qui va fonctionner s’inspirant des conditions en vigueur dans la République du Cameroun. Il s’ensuit ainsi qu’il n y a ni  Sénat, ni « House of Chiefs ». Mais il est cependant prévu des adaptations à l’intérieur de chaque Etat Fédéré pour tenir compte de leurs coutumes et de leurs procédures.

EVOLUTION VERS LA DOMINATION DU PREMIER MAGISTRAT PARTANT DE LA DOMINATION DE L’ETAT FÉDÉRAL.

Cependant s’il y a autonomie des entités étatiques fédérées il faut relever que les moyens d’action sont entre le pouvoir de l’Etat fédéral pour la réalisation des objectifs généraux de l’Etat. Il est important de relever cette voie qui met le chef de l’Etat en face des populations comme étant celui là  qui apportera des solutions à leurs problèmes et préoccupations ; ce qui va ainsi. Ouvrir la voie à des institutions fortement centralisées : « UN LIEN DIRECT ENTRE LE CHEF DE L’ETAT ET LES POPULATIONS ; le Chef de l’Etat chargé de la conduite des affaires gouvernementales avec les ministres nommés par lui et responsables devant lui. Au premier Octobre 1961, date officielle et solennelle de la Réunification et de la naissance de l’Etat Fédéral, comme déclare le Président de la République, « il ne saurait être question de sortir du néant. Toutes les institutions prévues par la Constitution doivent être en place ». Mais, vont prévaloir d’autres arguments comme cela ressort du discours du Président : « ce serait impossible car la vie des Etats ne s’accommode pas facilement des transformations brutales. La République du Cameroun comme le Cameroun Méridional, possèdent des institutions qui ne sauraient disparaître du jour au lendemain. C’est pourquoi il a été prévu qu’elles se fondraient dans le moule constitutionnel en s’adaptant aux nouvelles structures de l’Etat. »

Des échanges et débats et des différents textes qui vont aboutir à la première Constitution du Cameroun, n’apparaît pas clairement l’importance donnée aux aspects administratifs et traditionnels qui sont déterminants comme mobilisateurs et sources d’éducation des populations dans la vie et l’expression des institutions. Au bout de ce qui est arrêté politiquement, il y a l’aspect administratif qui préside à l’organisation et à la traduction dans les faits des décisions politiques et à l’effectivité des différents organes en charge de l’exercice de l’autorité de l’Etat depuis le pouvoir central au niveau national jusqu’au niveau local où les autorités administratives doivent être en symbiose avec les populations et les institutions locales et œuvrer pour faire remonter les informations aux autorités politiques pour des actions constructives où les populations se reconnaissent en étant des partenaires parties prenantes.

LES DIVERSITÉS HUMAINES GÉOGRAPHIQUES OBLIGENT LA CULTURE DU DIALOGUE ET DES APPROCHES CONSENSUELLES POUR MAINTENIR ET CONSOLIDER L’UNITE.

Puis dans notre société et la nation naissante il y a des héritages traditionnels  divers suivant les groupes humains, suivant les régions géographiques qui sont autant d’éléments importants, fondamentaux à gérer et pour lesquels des mesures particulières doivent être prises pour leur efficacité dans le cadre du nouvel Etat. Ceci d’autant plus que le phénomène colonial aura été déterminant dans la situation  que connaît le Cameroun en marche pour son indépendance et la réunification. L’administration et les agents intervenant et animant la vie administrative sont formés et tournés vers la satisfaction des intérêts de la Métropole. Les aspects administratifs bien que très importants ne font pas l’objet des préoccupations particulières pour rejaillir dans la Loi Fondamentale ou donner le ton fort aux pratiques dont les grandes lignes sont en train d’être arrêtées. C’est que le Cameroun, du fait de sa partition a à gérer trois réalités fortes : l’héritage africain, l’héritage anglophone, l’héritage francophone ; ce dernier est marqué par la politique de « l’assimilation à la mère patrie » bien que le Cameroun ne soit pas une colonie française, avec une administration autoritaire. En effet l’idée coloniale de la France après 1870 et la victoire de la Prusse conduisant à la célébration de l’unité allemande sur le territoire français et à sa grande puissance en Europe, est de se prouver comme Grande puissance. Aussi rien n’est fait sur le plan administratif pour qu’émergent des forces affirmant l’identité des populations des territoires colonisés.

Les deux délégations qui se retrouvent à Foumban ont-elles perçu tout cela  s’agissant aussi bien des francophones que des Anglophones ? Nous pouvons dire oui car les méthodes d’approches ouvrent la voie de l’originalité camerounaise, avec le principe de dialogue, des concertations aboutissant à un consensus prouvant que les Pères fondateurs étaient conscients du travail à abattre avec sérénité, en confiance avec la vision  forte de l’identité et de la personnalité du Cameroun, République des droits humains comme le veut son histoire.

Avec les Anglais la situation est toute différente et tout se prête à la construction d’un Etat Camerounais ayant son identité, sa personnalité ; en effet quand ces derniers viennent en Afrique après des épreuves en Amérique où ils ont perdu leurs colonies à la suite d’une longue guerre, ils mettre l’accent sur le commerce et l’exploitation des richesses qu’offrent les territoires africains ; tout cela se ressent sur l’administration, sur les appareils administratifs mis sur pied avec le principe de l’ « Indirect Rule » où sont exploitées les structures traditionnelles et les coutumes en vigueur et opérant avant la colonisation. Il se construit une atmosphère de confiance et de responsabilisation ici. Va-t-on en tirer la leçon à Foumban ? Le discours le prévoit  mais la réalité sera autre.

Il faut le savoir pour en tirer des leçons. Aussi dans la phase de construction de la Nation que nous connaissons, nous devons en tenir compte partant ainsi des deux approches différentes en ce qui concerne les aspects traditionnels :

A Foumban, il y a :

  • Dans la délégation du Cameroun Méridional une composante traditionnelle forte : « House of Chiefs » qui s’inspire de la chambre des lords en Grande Bretagne ; ici c’est l’autorité traditionnelle dans toutes les réalités de ses origines et des héritages ancestraux
  • Dans la délégation de la République du Cameroun, cela n’apparaît point. C’est que la politique française aura été de réduire l’autorité des grandes familles traditionnelles et, cela, en créant des nouvelles institutions qualifiées toujours de traditionnel mais avec des nouvelles dénominations : Chef de Village, chef supérieur qui sont des auxiliaires de l’Administration.
  • Il y a là une autre réalité et les approches réalistes et consensuelles des Pères fondateurs permettent d’assumer tous ces héritages aujourd’hui. Avec le recul du temps nous nous rendons compte quant à ce qui peut être fait lorsque nous réalisons qu’à Foumban, il y a d’un côté des chefs traditionnels auxiliaires de l’administration qui n’apparaissent pas comme forces dans la délégation de la République du Cameroun qui, organisée en Etat avec un Exécutif fort ne donne pas d’autres voies aux autres Institutions.

Ainsi nous sommes dans la situation où peu de cas sera fait des aspects traditionnels ; et cela d’autant plus que les formations politiques qui émergent au centre des actions redoutent les autorités traditionnelles. Chez les anglophones il y a des bases fortes, intéressantes tirées de l’expérience de la Chambre de Lords en Grande Bretagne qui auraient pu inspirer des approches plus conséquentes en ce qui concerne ce qui est attendu des valeurs traditionnelles comme sources des germes d’affirmation de l’identité, de la personnalité. Les Chefs traditionnels dans l’approche qui est déroulée vont être étouffés. Cet étouffement est accru par le fait que la délégation du Cameroun Oriental n’a pas une composition où des chefs organisés s’affirment. Plus que cela l’état des rébellions à l’ouest particulièrement où des chefferies souffrent ne permet point des développements comme ce qui apparaît avec la Délégation du Cameroun Méridional.

Dans les discours et dans les résultats ce qui fait ressortir l’importance des aspects administratifs et traditionnels est absent comme préoccupation majeure et, cela, plus encore, dans les textes de la Constitution qui va être adoptée.

Il est intéressant de lire ce que disent les discours et les textes et les développements qui vont suivre dans la pratique de l’exercice de l’autorité de l’Etat où la dimension francophone dominant, créé un vide car la dimension anglophone forte est une réalité qui donnera naissance à une source des problèmes qui demeurent. Tout cela avec des confusions qui sont cultivées et entretenues et par les autorités administratives et politiques qui, s’éloignant de leur mission constitutionnelle républicaine se mettent au service de certains chefs traditionnels qui s’éloignent de leur rôle dans le contexte républicain d’être des responsables appelés à être les gardiens des valeurs traditionnelles et non des traditions de jadis ne respectant pas toujours les droits humains. Il s’instaure ainsi tout un système faisant souffrir les institutions républicaines démocratiques.

A Foumban tout est mis en place pour y remédier et faire qu’émergent les valeurs traditionnelles en harmonie avec les valeurs républicaines et, ainsi, partageables par tous les Camerounais et les êtres humains. Les voies sont ainsi tracées  pour les deux parties du Cameroun pour une dynamique de construction de l’unité avec la riche diversité qui fait de notre pays cette Afrique en miniature.

COMBLER LES AUTRES VIDES CREUSES PAR LE PARTI UNIQUE EN RÉDUISANT LE CAPITAL DIALOGUE CITOYEN RESPONSABLE ET , EN CONSÉQUENCE VRAI, DIRECT.

Tout ceci bien que le Cameroun Oriental ne s’est pas exprimé par une présence organisée des chefs traditionnels ayant une tradition de corps organisé comme au Cameroun Occidental. En fait, lors de la rencontre de Foumban il n’est pas question de royaume car cela n’est pas prévu par la Constitution. Il se trouve comme conséquence  une porte laissée ouverte en 1961 aux interprétations remettant en cause la dynamique apportée par les Chefs du Cameroun Occidental ; cette situation ambiguë sera consolidée avec le parti unique qui va installer dans le non discours dialogue partage ; ce qui éloigne du vrai, du bien et du beau qui doivent présider toutes les situations et les mutations sociales et les comportements humains cultivés et entretenus par les principes républicains et démocratiques. La réduction du droit à l’expression franche et libre va amplifier la réduction du droit de vote, le devoir de vote facilitant ainsi l’accès et le maintien au pouvoir de ceux et celles pour qui il n’y a point de préoccupations, de soucis pour asseoir l’égalité entre tous les citoyens.

Les Grandes Pages de l’histoire du Cameroun invitent toutes les générations depuis l’accession à l’indépendance à faire vivre et cultiver une République des droits humains, un Etat au service de la dignité humaine., un Etat mettant l’être humain au centre de tout sans considération de frontières quelles qu’elles soient.

Il est question d’éliminer toutes les sources génératrices de Récriminations car il demeure des chefs des familles traditionnelles qui s’en tiennent aux pratiques ancestrales qui peuvent décréter la condamnation, voire l’exécution, l’expropriation sans autre considération, sans procès ; puis il se trouve des administrateurs républicains qui appuient ces pratiques rêvant pour certains d’être des autorités traditionnelles.

Il est question d’éliminer des pratiques conduisant à la Personnalisation du pouvoir, au culte de la personnalité, à la culture des inégalités, des discriminations entre les fils et les filles d’une même famille, de la famille humaine.

De là la très grande importance et la nécessité impérieuse d’acquérir le savoir, le savoir faire, le savoir être pour être et agir ensemble. Ce qui met l’éducation, la formation au tout premier rand avec  l’Intervention des différentes disciplines scientifiques et techniques dans la mise en place des Institutions de la République Res Publica – Chose Publique.

Tout cela devant être réalisé et cultivé par toutes les catégories d’acteurs dans notre Société, dans la Nation Camerounaise pour que chacun, chacune, à son niveau quel qu’il soit, dans sa vie, réalisent et assument qu’en politique le but de l’Etat étant de rendre les citoyens heureux et vertueux grâce aux Lois acceptées, respectées. IL y a ainsi tout un Nouveau Contrat Social à respecter.

Au Sortir de la Conférence de Foumban en Juillet 1961 tout était en place pour cette Dynamique pour ce Nouveau Contrat Social.

Aujourd’hui, Bamenda et Buea nous interpelle pour appliquer ce Nouveau Contrat Social qui est désormais pour tous les camerounais, pour tout le Cameroun et pour l’Afrique.

                                                                        Dr Adamou NDAM NJOYA

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